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Catherine Ringer — ma journée avec une immense artiste

16 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Il y a des rencontres professionnelles qui restent bien au-delà d’une séance photo. Des rencontres qui deviennent des fragments de vie, des souvenirs précieux, parfois même des images qui continuent leur chemin longtemps après que le moment est passé.


En 2017, Catherine Ringer m’a appelée un jour de semaine.


Elle s’est présentée au téléphone et m’a dit qu’elle souhaitait faire de nouvelles photographies. Elle avait vu le travail que j’avais réalisé avec Alejandra Radano et elle aimait beaucoup mon univers. Elle voulait savoir si j’acceptais de la rencontrer pour imaginer ensemble ce nouveau projet.


Je suis donc allée chez elle, aux Lilas.

Nous avons parlé de ce que nous pouvions créer ensemble.


Pour cette séance, Catherine avait réuni une équipe : une styliste, un coiffeur, une maquilleuse et moi comme photographe.

Je suis arrivée seule, sans assistant, et je me suis laissée embarquer par l’ampleur de ce qui m’attendait.


Nous avons commencé à Paris. J’avais choisi plusieurs lieux pour les prises de vue.


Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans un restaurant situé face au Louvre.


Catherine y a été accueillie comme une reine, et nous aussi. Nous avons mangé, repris des forces et beaucoup ri.


Nous avons même improvisé quelques photographies dans les toilettes du restaurant, avec un journal trouvé sur place.


Catherine Ringer-photo de Laura Lago©
Catherine Ringer-photo de Laura Lago©

Ce qui m’a profondément marquée ce jour-là, c’est son énergie.

Je n’arrivais pas à croire qu’après des heures de travail elle puisse continuer avec autant de disponibilité. Elle était toujours présente, toujours professionnelle, toujours à l’écoute de mes indications.




Une pose, puis une autre. Un mouvement. Un regard. Un changement d’attitude.

Elle se donnait entièrement.

Et moi, j’aimais énormément la photographier.



Étant moi-même artiste de scène, je savais ce que signifie être regardé, dirigé, exposé. Je crois que cette expérience commune m’a beaucoup aidée à comprendre Catherine et à chercher, derrière les poses et les vêtements, quelque chose de son essence.


D’ailleurs, Catherine me présentait avec beaucoup de fierté :

« Voici ma photographe, Laura Lago. Elle a été danseuse soliste au Lido de Paris. »


De retour chez elle, j’ai remarqué un mur vert.

J’ai voulu placer Catherine devant ce mur, avec une robe verte d’inspiration chinoise et les cheveux relevés. La styliste n’était pas convaincue par l’idée de mettre du vert sur du vert.


Catherine a regardé la styliste et a défendu mon choix :


Catherine Ringer-photo de Laura Lago©

« Laissez-la. Elle a une vision. Voyons ce que ça donne. »

Et nous avons essayé.

Cette série de photographies est devenue l’une des plus emblématiques de cette journée.

À l’époque, je trouvais cette association presque avant-gardiste. Des années plus tard, ces images ont commencé leur propre voyage.


Elles ont notamment été utilisées pour l’affiche d’une de ses tournées, puis dans des magazines pour illustrer des articles et des interviews. Elles ont circulé, beaucoup circulé.

Et aujourd’hui encore, je les retrouve un peu partout, notamment dans les hommages que son public lui rend depuis sa disparition.





Je suis heureuse et fière que ces images, nées de cette journée, aient continué leur chemin.

Je sais que beaucoup de personnes qui les voient aujourd’hui ignorent qui se trouve derrière ces images. Mais cela ne change rien à ce qu’elles portent pour moi : le souvenir très précis d’une journée exceptionnelle passée avec une artiste immense.


Pendant toute la séance, elle avait avec elle un petit pot de confiture Bonne Maman vide, rempli d’amandes. Il l’accompagnait partout. Nous piochions dedans entre deux prises de vue. Depuis, j’ai toujours des amandes ou des noix dans mon sac.


Nous nous sommes revues ensuite plusieurs fois pour sélectionner les photographies, les regarder ensemble et les livrer.

Et les images ont continué leur vie.


Une autre séance, et une autre conversation avec Catherine, ont également nourri le travail photographique autour de son dernier album.





Notre collaboration ne s’est donc pas limitée à une seule série. Il y a eu plusieursmoments où nos univers se sont croisés, avec cette même envie de chercher une image qui lui ressemble.


J’ai également eu la chance de la photographier lors d’un concert à Sannois, dans le Val-d’Oise.

Ce soir-là, Catherine m’a permis de photographier l’intégralité du concert, au-delà du temps habituellement qu'elle accordé aux photographes. C’était une exception qu’elle avait faite pour moi.



En 2025 est paru L’Érotisme de vivre, avec les textes d’Alice Mendelson choisis par Catherine. Une photographie de cette série a également été choisie pour accompagner le livre.

Je lui ai écrit pour lui annoncer que j’avais envoyé la photographie aux Éditions Points.

Je lui disais combien j’étais heureuse que ce projet voie le jour et que les images que j’avais prises continuent à l’accompagner dans une œuvre aussi importante.

Elle m’a répondu rapidement :


« Merci Laura ! Oui elles ont bien travaillé ces photos, je les ai beaucoup aimées et utilisées. Bonne continuation à toi et bonnes et belles peintures ! Amitié, Catherine »

J’ai été touchée de voir qu’elle suivait encore, de son côté, le fil de mes propres aventures artistiques.


Parce qu’au fond, je ne peux pas dire que j’ai vraiment connu Catherine Ringer.

Je l’ai connue comme artiste, comme professionnelle, et aussi un peu plus intimement, au fil de ces rencontres. Nous avons frôlé une amitié sans jamais vraiment parvenir à la construire.

Mais j’ai eu le privilège d’entrer plusieurs fois dans son univers.

J’ai été témoin de son immense statut d’artiste, de cette présence qui faisait qu’on la reconnaissait partout, de l’affection et de l’enthousiasme qu’elle suscitait.


Et puis il y avait l’autre Catherine, celle que l’on rencontrait loin des projecteurs.

Au fil de nos rencontres, sans rien avoir prévu, sont nées des photographies spontanées.

Dans son jardin, avec ses bonnets de laine, les cheveux parfois tressés, sans maquillage, simplement elle.





Des images prises sur le vif, sans préparation, sans mise en scène, dans ces instants qui ne devaient pas devenir des photographies.

Elle m’ouvrait cette porte.

Elle me permettait cet accès.

Elle m’accordait cette confiance.


Et c’est peut-être là que se trouve une partie essentielle de notre rencontre : dans ces moments où l’image apparaissait sans avoir été cherchée, simplement parce que l’instant était là.



Catherine Ringer_Photo de Laura Lago©



Je me souviens aussi de sa venue à mon exposition Beautiful Bonheur, ma première exposition, consacrée au Lido de Paris.

Elle était venue très simplement, pour voir mon travail. Sa présence avait créé beaucoup d’émotion parmi les personnes présentes. On venait vers elle, on lui parlait, on lui prenait les mains, on la remerciait pour sa musique, pour ce qu’elle représentait.

Catherine accueillait tout cela avec simplicité, avec ce petit sourire, les yeux légèrement plissés, en répondant simplement :

« Merci. »

Il y avait chez elle plusieurs visages qui, pourtant, n’en formaient qu’un.

La femme de scène et celle du jardin.La robe somptueuse et le bonnet de laine.La séance préparée avec une équipe entière et l’image née par hasard, dans un coin, entre deux moments.




Peut-être est-ce aussi cela qui reste dans une photographie : pas seulement une apparence, mais quelque chose du mouvement intérieur d’une personne, de ce qu’elle laisse passer lorsqu’elle ne cherche plus à poser.


Certaines photographies restent.


Elles traversent les années, les spectacles, les affiches, les magazines, les livres.

Elles changent de contexte, de regard, de vie.


Catherine Ringer_Photo de Laura Lago©


Mais parfois, elles conservent quelque chose de l’instant où elles sont nées.

Celles-ci me ramènent aux Lilas, à Paris, à son jardin, aux heures passées ensemble, aux éclats de rire, aux improvisations, aux silences aussi.


À cette énergie qui remplissait l’espace et semblait toujours pouvoir recommencer.


À cette confiance qui permettait à l’image d’apparaître là où on ne l’attendait pas.



Catherine Ringer et Laura Lago© Fin de journée de notre session de photographie, 2016/2017

Et peut-être qu’au bout du compte, c’est cela que les photographies gardent le mieux : un instant qui ne reviendra pas, une présence qui ne s’efface pas tout à fait et la trace, silencieuse, d’une rencontre.


Laura Lago

 
 
 

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